Frisch zum Kampfe!

Szilveszter Ókovács, Directeur général de l’Opéra d’État Hongrois depuis 2011, répond à nos questions 
sur les défis relevés durant ces deux dernières années et l’avenir de la compagnie.

 

Quels ont été vos principaux défis lors de votre nomination ; à quel point les avez-vous atteints? 

D’abord : un changement structurel de la façon de travailler avec pour objectif principal d’en finir avec le statut des chanteurs-fonctionnaires. Maintenant nous travaillons avec des contrats comme la plupart des maisons: pour une saison, pour une production, pour un rôle – ainsi nous sommes liés avec un chanteur tant qu’il peut se produire à ses meilleures capacités, et non jusqu’à la retraite. 

Ensuite : planifier des saisons thématiques trois ans à l’avance. Atteindre ce but nous permet de contracter des artistes-invités et des metteurs en scène renommés, ce qui aide nos artistes à planifier. 

Finalement : augmenter l’activité, réaliser la mission sociale d’atteindre ce but avec la réouverture du théâtre Erkel, des événements à ciel ouvert, des programmes pour les étudiants, les nouveaux réseaux sociaux et d’autres initiatives. 
  
Comment avez-vous réconcilié réforme et restauration de la paix dans le théâtre ? 

Tout le monde était conscient de la nécessité de ces changements. Il est inacceptable de payer des chanteurs qui ne remplissent pas leurs obligations, devoir les remplacer engendre un double coût pour le théâtre. C’est du travail supplémentaire de prévoir 4 saisons complètes en même temps mais la plupart des collègues voient que cela vaut la peine. En fin de compte, nous ajouterons juste une saison. La situation non résolue du théâtre Erkel était aussi un poids. Le seul théâtre d’opéra de ce petit pays ne peut pas exclusivement jouer pour les touristes étrangers; il doit également servir le peuple hongrois et ceci ne peut pas se faire sans une deuxième salle de 2000 sièges et une nouvelle politique de communication et d’éducation. La paix intérieure a été obtenue non seulement par des promesses, mais surtout par des promesses tenues. Après le licenciement nous avons pu créer 300 nouveaux emplois, le nouveau théâtre s’est ouvert et nous jouons 200 représentations supplémentaires. Aussi, les salaires sont 30-50% plus élevés. 
  
En quoi dépendez-vous du soutien gouvernemental ?

Pendant le premier gouvernement de Fidesz de 2001, la subvention de l’Opéra d’État Hongrois (OEH) a été augmentée de 2,4 milliards de HUF à 6,4 milliards de HUF. Au cours de la période socialiste, elle a été rongée par l’inflation, perdant la moitié de sa valeur réelle. Durant cette seconde période de Viktor Orbán, les 6,6 milliards de subvention actuelles sont amenés à doubler ; des investissements significatifs dans l’infrastructure d’opéra pourront être en chantier d’ici 2018. Je veux que cette maison devienne un des plus grand, des plus productifs et des plus intégrés centre d’opéra au monde avec une subvention de 40 millions € – toujours le tiers de quelques grandes maisons européennes. Dans notre pays le mécénat est encore dans sa petite enfance et le pouvoir d’achat ne peut pas absorber des prix d’entrée plus élevés. 

  
Quel est l'impact de la réouverture du théâtre Erkel ? 

Nous voulons toucher toutes les couches de la société à travers le théâtre Erkel. L’opéra et le ballet n’ont pas vraiment pu aider à la renaissance du public dans notre pays en crise avec un théâtre fermé. Notre premier but est de doubler le public de l’opéra, à plus long terme de fonctionner avec un théâtre à guichet-fermé. Ce ne sera pas facile, mais pas impossible de créer un public de 600-700.000. L’opéra et le ballet peuvent toucher chacun, à condition d’être guidé avec soin ; je crois en la puissance de cette forme d’art complexe lorsqu’elle est donnée en direct. Une civilisation en amélioration touchera la structure entière de la société et tout le monde sera gagnant si le principal établissement culturel hongrois est un théâtre d’opéra florissant, ensemble avec le théâtre Erkel.

 

Comment équilibrez-vous sauvegarder l'héritage hongrois avec une dimension internationale ?

Nous sommes une petite nation sans parents proches et avec une langue unique au milieu de l’Europe. Nous sauvegardons la plus grande tradition de ménestrels du monde, notre histoire remonte à des milliers d’années, mais nous n’avons qu’un théâtre d’opéra. Nous tenons en héritage les trésors de l’opéra hongrois (Erkel, Bartók, Kodály, Dohnányi, Petrovics, Szokolay, Vajda, Ligeti, Eötvös) et la riche pratique en matière d’exécution pour les générations futures. Voyez nos chefs célèbres: Liszt, Richter, Reiner, Széll, Fricsay, Doráti, Solti, Kertész, Ferencsik, Ádám et Iván Fischer, Kocsis ! 

Cela fait trois ans que nous avons commencé à enregistrer les oeuvres les plus importantes de l’opéra hongrois et nous les produisons aussi sur scène. L’OEH a 80 productions dans son répertoire; cette année nous donnerons 51 titres différents sur les deux scènes principales, y compris 15 opéras de Verdi et deux premières de Wagner (Fliegende Holländer, Tannhäuser) plus Parsifal et Lohengrin : un équilibre sain.  Je ne voudrais pas que la seule compagnie de ballet classique hongroise soit composée de plus de 30% d’étrangers car cela signifierait la fin de l’enseignement du ballet en Hongrie. Même chose avec les chanteurs : nos meilleurs auront toujours une place dans nos productions. 

    
Quel est votre souci principal pour les prochaines années ? 

L’OEH a 130 ans. Il a connu 50 directeurs généraux et il reflète notre histoire turbulente. Mon mandat courre jusqu’à la fin de la saison de 2017/18 et, avec un contexte politique prévisible, je prévois d’établir une base stable pour les 25 années à venir en termes d’infrastructure, de valeur artistique et d’audience. Dans l’espoir d’accomplir cette mission, je crie avec Pedrillo: Frisch zum Kampfe !