Pierre Audi à propos de 25 ans à Amsterdam

 

Pierre Audi fut nommé Directeur artistique du Nederlandse Opera en 1988. En célébration de son jubilé d’argent, Opera Europa lui a demandé  de jeter un regard en arrière sur son mandat remarquable et vers le futur.

 

Il y a 25 ans, j’ai reçu un appel en pleines répétitions d’une production que je mettais en scène pour l’Almeida à Londres, m’invitant à prendre un vol pour Amsterdam pour parler au Conseil d’Administration du Nederlandse Opera à propos du poste vacant de directeur artistique. J’ai été engagé séance tenante à la stupéfaction de beaucoup, y compris moi. Ce qui a suivi a été, et est toujours, la mission la plus excitante que quelqu’un passionné d’opéra puisse rêver d’entreprendre. 

Ces 25 ans furent marqués par une collaboration exceptionnelle avec Truze Lodder. Truze, retraitée l’an dernier, était une administratrice remarquable qui comprenait ma nomination et a réussi à m’inspirer à me donner entièrement à  ce poste.

 Le système unique de stagione à Amsterdam a rendu possible la mise en place des standards musicaux de haut niveau. L’ouverture d’esprit du public  et le manque de tradition nous ont permis de prendre de nombreux risques avec le répertoire moderne - tous des facteurs qui ont généré un grand engouement et ont contribué à faire  du Nederlandse Opera la compagnie appréciée qu’elle est. 

Je travaille actuellement avec mon quatrième directeur musical, Marc Albrecht, et suis conscient du temps qui passe, et je suis toujours excité par les défis et obstacles confrontant notre art adoré. Comment est-ce possible après tout ce temps ? En reprenant mes productions du Ring de Wagner (la première production néerlandaise du Ring – et quelle responsabilité étourdissante en 1997 !), avec Hartmut Haenchen, le directeur musical avec lequel j’ai collaboré mes 13 premières années, je me rappelle des risques  que nous avions pris ensemble et qui paient encore magnifiquement 15 ans plus tard. 

La large scène du Muziektheater a été  un défi depuis le tout début. Prendre le taureau par les cornes signifiait monter régulièrement les œuvres à grande échelle du répertoire que cette scène pouvait servir à merveille.

La première nouvelle production de ma programmation, Parsifal dans la version de Klaus Michael Gruber avec la désormais légendaire table de 27 mètres, a donné le ton. Depuis lors, de nombreuses productions mémorables ont suivies. Je ne nomme ici que quelques unes de préférées : Moses und Aron (Pierre Boulez et Peter Stein); Lady Macbeth of Mtsensk (Maris Jansons et Martin Kušej); Les Troyens (dans ma mise en scène sous la baguette de Edo de Waart); The Bassarids de Henze (Ingo Metzmacher et Peter Stein); et récemment The Invisible City of Kitezh (Marc Albrecht et Dmitri Tcherniakov). Sans  mentionner les nombreuses commissions d’un large éventail de compositeurs du monde entier. 

En 2004, on m’a invité à prendre la direction artistique du Holland Festival, en plus de mon travail à l’opéra. La combinaison des deux responsabilités a été très enrichissante et un grand privilège. J’ai pris l’opportunité de créer une vraie synergie entre les deux institutions et à renforcer mes deux croyances principales à travers la programmation : une vision internationale et une interaction  entre toutes les formes d’art du spectacle. Amsterdam était la seule  ville où je puisse imaginer un tel  dialogue fonctionner aussi admirablement. 

Et maintenant ? Le premier janvier 2013, le Nederlandse Opera et le National Ballet, les deux compagnies installées au Muziektheater, ont enfin fusionné. La nouvelle entité née de cette union rejoint la formation de grandes institutions du genre en Angleterre, Allemagne, France, Italie, Scandinavie et Russie. De par le travail consistant des deux compagnies, leurs relations avec les entités de financement, les publics et nos partenaires internationaux, cette fusion a un sens particulier et nous invite à construire et renouveler. C’est une leçon d’humilité de réaliser qu’il a fallu tant de personnes, travaillant en une équipe, pour y arriver. 

Il y a de quoi se réjouir pour le futur, avec l’augmentation de notre visibilité, le développement de nouveaux talents et encourager la qualité et l’inventivité à tous les niveaux.  

Le Nederlandse Opera célèbrera son 50e anniversaire en 2015. Je n’arrive pas à croire que je suis dans le siege du conducteur depuis la moitié de cette période. Si je suis là pour souffler quelques unes de ces bougies ou pas, cette compagnie vole encore en haute altitude : une raison d’être fier de tellement d’artistes et collègues, tous architectes de son succès. Je prends cette opportunité pour exprimer ma grande gratitude envers chacun d’entre eux : merci pour vos contributions tout au long de ces 25 années !

Siegfried Acte 1. Production de Pierre Audi de cet automne au Nederlandse Opera

 

Pierre Audi
Directeur artistique du Nederlandse Opera